Ces dernières années le ciel n’a pas été avare du spectacle de ces objets imprévisibles et encore peu connus : L’attention du public a pu se focaliser successivement sur la rencontre de Shoemaker-Levy 9 avec Jupiter, la brillante Hale-Bopp, Mc Naught visible en plein jour et l’éruptive Holmes. Levons un peu le voile sur ces astres mystérieux…
Les comètes, des objets inexpliquables et longtemps inexpliqués
Les anciens considéraient la sphère des étoiles comme immuable et les comètes étaient les seuls objets à ne pas obéir à la mécanique céleste telle qu’elle était comprise à cette époque. Leurs apparitions et disparitions totalement imprévisibles comme tout phénomène non compris ne pouvait qu’engendrer peurs et terreurs et annoncer de grandes catastrophes à venir.
On a longtemps cru qu’il s’agissait de phénomènes atmosphériques ou terrestres et ce n’est que très tard -au siècle des lumières- que leur origine astronomique a été reconnue et prouvée. Mais comme nous le verrons, la littérature et les errements de certains scientifiques célèbres ont entretenu l’idée que les comètes en elles-mêmes présentaient bien d’autres dangers que celui d’entrer en collision avec la terre…
De l’antiquité au moyen-âge : peurs et croyances
Le mot comète vient du grec komêtês qui signifie chevelu et du latin coma : chevelure. La chevelure des comètes a d’ailleurs fait beaucoup pour renforcer le coté néfaste de celles ci : Dans certaines civilisations elle représente le péché et doit être dissimulée, dans une autre En chine, en Papouasie- elle est signe de deuil et ailleurs –Inde et Grèce- les êtres chevelus sont maléfiques.
Si les Babyloniens sont les premiers a mentionner leurs apparitions, ce sont aux chinois dès le 2e siècle avant JC que l’on doit le premier « atlas » qui les recense et donne de nombreux détails relatifs aux formes des queues observées .
Aristote y voit des phénomènes météorologiques aux conséquences désagréables : vent et sécheresse et les décrit comme des feux allumés par une sorte de tourbillon de l’air.
Au début de l‘ère chrétienne Sénèque l’un des rares partisans de l’hypothèse cosmique, suggère que les comètes sont de simples corps en mouvement et qu’elles doivent revenir périodiquement.
Au moyen-age elles sont considérées comme des corps sublunaires c’est à dire plus proches de la Terre que de la Lune, conception motivée par une partition religieuse du cosmos : Ce qui est extra lunaire est du domaine divin -immuabilité et perfection- alors que tout ce qui relève du sublunaire est imparfait, comme ces comètes à l’aspect perpétuellement changeant…
Depuis l’antiquité elles sont perçues comme l’annonce de catastrophes naturelles, des guerres, de la mort d’un tyran :
- Pline l’ancien rendait la comète responsable de la guerre entre César et Pompée
- En 1066 la comète de Halley annonçait la victoire de Guillaume le Conquérant et la mort de Harold roi d’Angleterre. L’apparition de la même en 451 avait coïncidé avec l’invasion de l’Europe par Attila et ses Huns
- Une autre aurait prévenu l’empereur Moctezuma de l’arrivée de Cortés et de ses conquistadors.
- Elles annonçaient aussi la famine, la peste, la fin du monde ou bien la venue du percepteur…La liste est sans fin ! Elles seront la cause de nombreuses paniques, suicides et conversions… Epées de feu, croix sanglantes, poignards enflammés, lances, dragons, gueules, serpents de feu, monstres célestes sont les doux noms qu’on leur donnera du Moyen-age à la Renaissance.
De la renaissance aux errements modernes
C’est à ce moment que débute vraiment leur étude scientifique. Indépendamment Fracastor et Apian font une découverte importante : Celle de l’orientation des queues cométaires dans une direction opposée à celle du soleil ce qui suppose qu’elles sont constituées d’une substance nébulaire, l’action du soleil dispersant progressivement cette matière.
En 1577 Tycho Brahé mesure leur parallaxe et trouve que leur distance est supérieure a 230 rayons terrestres ; leur origine sub-lunaire doit donc être abandonnée. Galilée lui, refusera toujours ce résultat… Kepler tout en proposant des hypothèses qui se révèleront juste quant à la composition de la queue des comètes soutient qu’elles naissent par génération spontanée…et autres divagations ésotériques digne de la fonction d’ « astrologue impérial » qu’il exerce.
En 1652 S.Ward affirme que les comètes décrivent d’immenses cercles ou ellipses et restent invisibles, sauf lorsque leur trajectoire les amène au voisinage de la Terre En 1682 le pas décisif est fait par E. Halley qui prouvera la périodicité de leur orbite en s’appuyant sur la loi de la gravitation de Newton. Le retour de sa comète a la date prévue (1759) semblait bien prouver que les comètes n’échappaient pas aux lois naturelles.
Malgré tout les superstitions vont persister : La Thèse de Descartes conservait des partisans : Selon lui les comètes étaient des soleils en extinction : n’ayant plus la force de conserver le centre de leurs propres tourbillons, elles tombent dans les tourbillons voisins et errent d’un tourbillon a l’autre jusqu’à ce qu’elles se rallument. Cette dérive supposée rendait possible les collisions entre les astres. Molière s’en moqua dans sa pièce « Les femmes savantes »
En 1696 le mathématicien et théologien W.Whiston leur attribue le Déluge au prix d’une large surévaluation de leur masse. De même en 1742 Maupertuis affirme qu’un passage trop rapproché risquait de changer la position de l’axe et des pôles de la terre. Des écrivains célèbres ne sont pas en reste : E. Poe dans une courte nouvelle intitulée Conversation d’Eiros avec Charmion reprend l’idée de la fin du monde due à un astre qui emmènerait avec lui toute l’azote de l’atmosphère terrestre. J.Verne dans son roman Hector Servadac (1877) imagine un fragment de la terre arraché et emporté dans l’espace par un passage trop rapproché et C. Flammarion dans « la fin du monde » (1894) évoque les conséquences de la rencontre avec une visiteuse richement pourvue en gaz carbonique (à gauche).
En 1910 se situe la dernière panique ; les scientifiques vont prendre le relais des spéculations des écrivains : par spectroscopie on découvre dans la queue de la comète de Halley du cyanogène (C2N2) un gaz fortement toxique qui va donc se diluer dans notre atmosphère. Pourtant on connaissait déjà en 1861 la très faible densité de leur milieu gazeux.
Vers 1955 F.Whipple les décrit comme des « agglomérats de glace, poussières et roches en rotation » ou pour résumer « des boules de neige sale ».On découvre dans leur spectre des molécules complexes ce qui donnera lieu à un dernier rebondissement : en 1979 C. Wickramsinghe et F Hoyle, avancèrent l’idée que dans l’espace, entre les étoiles, pouvait se mouvoir de la poussière chargée en organismes de taille minime mais bel et bien vivants. Or, pour les astronomes, cette poussière n’est pas seulement présente entre les étoiles mais elle s’est formée tout autour des comètes, et lorsque ces comètes entrent dans notre système solaire, elles nous laisseraient un peu de leur poussière comprenant en germe de futures maladies qui pénètreraient ensuite dans notre atmosphère.
QUE SAIT-ON AUJOURD’HUI ?
Leur origine : la ceinture de Kuiper et le nuage de Oort
En 1951, l’américain Gerard Kuiper émet l’hypothèse, pour expliquer les caractéristiques des orbites des comètes à courte période, qu’il existe, au-delà de l’orbite de Neptune, une région, dans le plan orbital moyen des planètes, peuplée de noyaux cométaires et d’astéroïdes. La « ceinture de Kuiper » pourrait s’étendre jusqu’à une distance comprise entre 30 et 100 UA du Soleil, et serait composée de petits corps glacés, vestiges du disque de matière à partir duquel se sont formées les planètes. Par interactions gravitationnelles avec les planètes géantes, les noyaux cométaires peuvent être éjectés de la ceinture, et précipités vers l’intérieur du système solaire, ou au contraire, repoussés sur des orbites plus lointaines et plus stables, peuplant ainsi le nuage de Oort.
Jan Hendrik Oort développe en 1950 une théorie selon laquelle il existerait un véritable nuage cométaire intersidéral. En étudiant les trajectoires de 19 comètes à très longue période, Oort constata que leur aphélie -éloignement maximum du soleil - se situait entre 20 000 et 100 000 UA., et donc qu’il existait probablement aux confins du système solaire une vaste sphère de noyaux cométaires : "le nuage de Oort". Les calculs, repris par Brian Marsden, sur quelques 200 comètes aux orbites très allongées, confirment, vers la fin des années 70, la théorie de Oort. Sous l’effet de perturbations gravitationnelles induites par des étoiles voisines, certains noyaux cométaires sont éjectés hors du système solaire, tandis que d’autres, au contraire, sont précipités vers l’intérieur, et deviennent observables.
Provenant des régions les plus externes de notre Système Solaire, ces petits corps errants sont formés d’un noyau solide, d’un diamètre compris entre 1 et 20 kilomètres, composé d’un mélange de roches, de glace et de poussières. Au fur et à mesure que la comète s’approche du Soleil, son noyau se réchauffe, et les glaces superficielles s’évaporent, entrainant l’apparition d’une chevelure gazeuse, dont la dimension avoisine la centaine de milliers de kilomètres, autour du noyau. Les gaz et poussières expulsés, sont repoussés par le vent solaire et la pression de radiation, et composent alors les queues de la comète, en direction opposée au Soleil. Une première queue bleutée, dite queue de gaz (ou de plasma), pouvant atteindre plusieurs millions de kilomètres, se forme, engendrée par les ions sous l’effet des vents solaires. Une seconde queue, composée de poussières éjectées du noyau par la pression du rayonnement solaire, forme une traînée jaunâtre, plus large, plus diffuse et incurvée.
Les comètes ne sont donc qu’une forme particulière d’astéroïde et obéissent au mêmes lois de la mécanique céleste. Les peurs irréalistes ont été remplacées par une attention bien réelle portée à leur trajectoire plus particulièrement depuis la rencontre spectaculaire en 1994 entre Shoemaker-Levy 9 et Jupiter. Ainsi d’un objet néfaste annonçant toutes sortes de catastrophes la comète est devenue un objet convivial qui fait les délices des amateurs par leur variété et accessoirement draine le public dans les soirées astronomiques. Il se dit même qu’elles auraient apporté sur terre une étrange maladie : LA VIE !
Bruno Montier
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