Club d’Astronomie de Lyon Ampère

Les comètes : Science et croyances

samedi 9 mai 2009 par Bruno Montier

Ces dernières années le ciel n’a pas été avare du spectacle de ces objets imprévisibles et encore peu connus : L’attention du
public a pu se focaliser successivement sur la rencontre de Shoemaker-Levy 9 avec Jupiter, la brillante Hale-Bopp, Mc Naught
visible en plein jour et l’éruptive Holmes. Levons un peu le voile sur ces astres mystérieux…

Les comètes, des objets inexpliquables et longtemps inexpliqués

Les anciens considéraient la
sphère des étoiles comme
immuable et les comètes étaient
les seuls objets à ne pas obéir à
la mécanique céleste telle qu’elle
était comprise à cette époque.
Leurs apparitions et disparitions
totalement imprévisibles comme
tout phénomène non compris ne
pouvait qu’engendrer peurs et
terreurs et annoncer de grandes
catastrophes à venir.

On a longtemps cru qu’il s’agissait
de phénomènes atmosphériques ou
terrestres et ce n’est que très tard -au
siècle des lumières- que leur origine
astronomique a été reconnue et
prouvée. Mais comme nous le verrons,
la littérature et les errements de certains
scientifiques célèbres ont entretenu
l’idée que les comètes en elles-mêmes
présentaient bien d’autres dangers
que celui d’entrer en collision avec la
terre…

De l’antiquité au moyen-âge : peurs et croyances

Le mot comète vient du grec
komêtês qui signifie chevelu
et du latin coma : chevelure.
La chevelure des comètes a
d’ailleurs fait beaucoup pour
renforcer le coté néfaste de celles ci
 : Dans certaines civilisations
elle représente le péché et doit
être dissimulée, dans une autre
En chine, en Papouasie- elle est
signe de deuil et ailleurs –Inde
et Grèce- les êtres chevelus sont
maléfiques.

Atlas chinois de comètes

Si les Babyloniens sont les
premiers a mentionner leurs apparitions,
ce sont aux chinois dès le 2eme siècle
avant JC que l’on doit le premier « atlas
 » qui les recense et donne de nombreux
détails relatifs aux formes des queues
observées .

Aristote y voit des phénomènes
météorologiques aux conséquences
désagréables : vent et sécheresse et les
décrit comme des feux allumés par une
sorte de tourbillon de l’air.

Au début de l‘ère chrétienne
Sénèque l’un des rares partisans de
l’hypothèse cosmique, suggère que
les comètes sont de simples corps en
mouvement et qu’elles doivent revenir
périodiquement.

Au moyen-age elles sont considérées
comme des corps sublunaires c’est à
dire plus proches de la Terre que de
la Lune, conception motivée par une
partition religieuse du cosmos : Ce
qui est extra lunaire est du domaine
divin -immuabilité et perfection- alors
que tout ce qui relève du sublunaire
est imparfait, comme ces comètes à
l’aspect perpétuellement changeant…

La tapisserie de Bayeux : la comète Halley en 1066

Depuis l’antiquité elles sont
perçues comme l’annonce de
catastrophes naturelles, des guerres,
de la mort d’un tyran :
- Pline l’ancien rendait la comète
responsable de la guerre entre César
et Pompée
- En 1066 la comète de Halley
annonçait la victoire de Guillaume le
Conquérant et la mort de Harold roi
d’Angleterre. L’apparition de la même
en 451 avait coïncidé avec l’invasion de
l’Europe par Attila et ses Huns
- Une autre aurait prévenu l’empereur
Moctezuma de l’arrivée de Cortés et de
ses conquistadors.
- Elles annonçaient aussi la famine, la
peste, la fin du monde ou bien la venue
du percepteur…La liste est sans fin !
Elles seront la cause de nombreuses
paniques, suicides et conversions…
Epées de feu, croix sanglantes,
poignards enflammés, lances, dragons,
gueules, serpents de feu, monstres
célestes sont les doux noms qu’on leur
donnera du Moyen-age à la Renaissance.

De la renaissance aux errements modernes

C’est à ce moment que débute
vraiment leur étude scientifique.
Indépendamment Fracastor
et Apian font une découverte
importante : Celle de l’orientation
des queues cométaires dans une
direction opposée à celle du
soleil ce qui suppose qu’elles
sont constituées d’une substance
nébulaire, l’action du soleil
dispersant progressivement cette matière.

La comète Hall-Bopp en 1997

En 1577 Tycho Brahé mesure leur
parallaxe et trouve que leur distance
est supérieure a 230 rayons terrestres
 ; leur origine sub-lunaire doit donc
être abandonnée. Galilée lui, refusera
toujours ce résultat…
Kepler tout en proposant des
hypothèses qui se révèleront juste
quant à la composition de la queue
des comètes soutient qu’elles naissent
par génération spontanée…et autres
divagations ésotériques digne de la
fonction d’ « astrologue impérial » qu’il
exerce.

En 1652 S.Ward affirme que les
comètes décrivent d’immenses cercles
ou ellipses et restent
invisibles, sauf lorsque leur trajectoire
les amène au voisinage de la Terre
En 1682 le pas décisif est fait par E.
Halley qui prouvera la périodicité de
leur orbite en s’appuyant sur la loi de
la gravitation de Newton. Le retour
de sa comète a la date prévue (1759)
semblait bien prouver que les comètes
n’échappaient pas aux lois naturelles.

Malgré tout les superstitions vont
persister : La Thèse de Descartes
conservait des partisans : Selon lui les
comètes étaient des soleils en extinction
 : n’ayant plus la force de conserver le
centre de leurs propres tourbillons, elles
tombent dans les tourbillons voisins et
errent d’un tourbillon a l’autre jusqu’à
ce qu’elles se rallument. Cette dérive
supposée rendait possible les collisions
entre les astres. Molière s’en moqua
dans sa pièce « Les femmes savantes »

En 1696 le mathématicien et
théologien W.Whiston leur attribue
le Déluge au prix d’une large surévaluation
de leur masse. De même en
1742 Maupertuis affirme qu’un passage
trop rapproché risquait de changer la
position de l’axe et des pôles de la terre.
Des écrivains célèbres ne sont pas en
reste :
E. Poe dans une courte nouvelle
intitulée Conversation d’Eiros
avec Charmion reprend l’idée
de la fin du monde due à un
astre qui emmènerait avec lui
toute l’azote de l’atmosphère
terrestre. J.Verne dans son
roman Hector Servadac (1877)
imagine un fragment de la terre
arraché et emporté dans l’espace
par un passage trop rapproché
et C. Flammarion dans « la fin
du monde » (1894) évoque les
conséquences de la rencontre
avec une visiteuse richement
pourvue en gaz carbonique (à
gauche).

En 1910 se situe la dernière
panique ; les scientifiques vont
prendre le relais des spéculations
des écrivains : par spectroscopie
on découvre dans la queue de la
comète de Halley du cyanogène
(C2N2) un gaz fortement toxique
qui va donc se diluer dans
notre atmosphère. Pourtant on
connaissait déjà en 1861 la très
faible densité de leur milieu
gazeux.

Vers 1955 F.Whipple les décrit
comme des « agglomérats de glace,
poussières et roches en rotation » ou
pour résumer « des boules de neige sale
 ».On découvre dans leur spectre des
molécules complexes ce qui donnera
lieu à un dernier rebondissement : en
1979 C. Wickramsinghe et F Hoyle,
avancèrent l’idée que dans l’espace,
entre les étoiles, pouvait se mouvoir
de la poussière chargée en organismes
de taille minime mais bel et bien
vivants. Or, pour les astronomes, cette
poussière n’est pas seulement présente
entre les étoiles mais elle s’est formée
tout autour des comètes, et lorsque ces
comètes entrent dans notre système
solaire, elles nous laisseraient un peu
de leur poussière comprenant en germe
de futures maladies qui pénètreraient
ensuite dans notre atmosphère.

QUE SAIT-ON AUJOURD’HUI ?

Leur origine : la ceinture de Kuiper et le nuage de Oort

En 1951, l’américain Gerard Kuiper
émet l’hypothèse, pour expliquer les
caractéristiques des orbites des comètes
à courte période, qu’il existe, au-delà de
l’orbite de Neptune, une région, dans le
plan orbital moyen des planètes, peuplée
de noyaux cométaires et d’astéroïdes. La
"ceinture de Kuiper" pourrait s’étendre
jusqu’à une distance comprise entre 30
et 100 UA du Soleil, et serait composée
de petits corps glacés, vestiges du
disque de matière à partir duquel se sont
formées les planètes. Par interactions
gravitationnelles avec les planètes
géantes, les noyaux cométaires peuvent
être éjectés de la ceinture, et précipités
vers l’intérieur du système solaire, ou au
contraire, repoussés sur des orbites plus
lointaines et plus stables, peuplant ainsi
le nuage de Oort.

Le noyau de la comète de Halley

Jan Hendrik Oort développe en 1950
une théorie selon laquelle il existerait un
véritable nuage cométaire intersidéral. En
étudiant les trajectoires de 19 comètes
à très longue période, Oort constata que
leur aphélie -éloignement maximum du
soleil - se situait entre 20 000 et 100 000
UA., et donc qu’il existait probablement
aux confins du système solaire une vaste
sphère de noyaux cométaires : "le nuage
de Oort". Les calculs, repris par Brian
Marsden, sur quelques 200 comètes aux
orbites très allongées, confirment, vers la
fin des années 70, la théorie de Oort.
Sous l’effet de perturbations
gravitationnelles induites par des étoiles
voisines, certains noyaux cométaires
sont éjectés hors du système solaire,
tandis que d’autres, au contraire, sont
précipités vers l’intérieur, et deviennent
observables.

Provenant des régions les plus externes
de notre Système Solaire, ces petits
corps errants sont formés d’un noyau
solide, d’un diamètre compris entre 1 et
20 kilomètres, composé d’un mélange
de roches, de glace et de poussières. Au
fur et à mesure que la comète s’approche
du Soleil, son noyau se réchauffe, et
les glaces superficielles s’évaporent,
entrainant l’apparition d’une chevelure
gazeuse, dont la dimension avoisine
la centaine de milliers de kilomètres,
autour du noyau. Les gaz et poussières
expulsés, sont repoussés par le vent
solaire et la pression de radiation, et
composent alors les queues de la comète,
en direction opposée au Soleil. Une
première queue bleutée, dite queue de
gaz (ou de plasma), pouvant atteindre
plusieurs millions de kilomètres, se
forme, engendrée par les ions sous l’effet
des vents solaires. Une seconde queue,
composée de poussières éjectées du
noyau par la pression du rayonnement
solaire, forme une traînée jaunâtre, plus
large, plus diffuse et incurvée.

Les comètes ne sont donc qu’une forme
particulière d’astéroïde et obéissent au
mêmes lois de la mécanique céleste. Les
peurs irréalistes ont été remplacées par
une attention bien réelle portée à leur
trajectoire plus particulièrement depuis
la rencontre spectaculaire en 1994 entre
Shoemaker-Levy 9 et Jupiter.
Ainsi d’un objet néfaste annonçant
toutes sortes de catastrophes la comète
est devenue un objet convivial qui fait
les délices des amateurs par leur variété
et accessoirement draine le public dans
les soirées astronomiques. Il se dit même
qu’elles auraient
apporté sur terre
une étrange
maladie : LA VIE !


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