Club d’Astronomie de Lyon Ampère

Eclipse annulaire à Madrid

le 3 octobre 2005

mardi 20 décembre 2005 par webmaster

C’est à l’heure canoniale où d’ordinaire, tout bon astronome qui se respecte va se coucher que trois ombres difficilement extirpées des bras de Morphée embarquèrent ce matin là à bord d’une petite Fiat Punto verte. Il faut dire que nous étions à l’aube du 1er Octobre et que, deux jours et quelques milliers de kilomètres plus tard, aurait lieu une éclipse annulaire de soleil en Espagne ! Olé !

Pierre, Matthieu et moi-même avons retrouvés Michel, Franck et Chloé, et la petite équipe, après une grande douzaine d’heures de voyage à travers l’interminable et assoiffant désert de l’Aragon, arrivait à bon port dans les petits bungalows de bois du camping de la Cabrera, bientôt rejoints par Régis, Angélique, Mathilde et Célestine.

Quelques tapas bien frits (olé !) et une bonne nuit de sommeil plus tard, nous étions fins prêts à rejoindre les bénévoles de Planéta Ciensias et de Planète Sciences au parque de Andalucia à Alcobendas, localité située à une trentaine de kilomètres au nord de Madrid et lieu retenu pour l’observation du phénomène. Trois mille personnes étaient attendues sur le site, dont une grande majorité de scolaires, et moyennant l’aménagement d’un espace réservé à nos appareils photos, c’est avec grand plaisir que nous avions convenu de partager notre ETX et nos jumelles avec le grand public. Ces quelques détails techniques réglés, il ne nous restait plus qu’à rejoindre Madrid, pour une après-midi de balades et de découvertes de la capitale (olé !).

Plaza Mayor

Il ne reconnaîtrait pas la ville, cet émir maure qui, au neuvième siècle de notre ère, protège la route de Tolède en érigeant l’Alcazar au pied d’une source, à l’emplacement même de l’actuel Palais Royal. Bourgade rurale tout au long du moyen-âge, il faut attendre que Charles Quint s’intéresse à ses environs giboyeux et que son fils Philippe II décide de transférer la capitale de Tolède à Madrid en 1561 pour que la ville prenne enfin son essor. Aujourd’hui bouillonnante et peuplée de trois millions d’habitants, nous avons néanmoins été surpris de constater à quel point elle fourmille de ruelles tranquilles, de placettes aux fontaines rafraîchissantes et de rues piétonnes. De la Puerta del Sol au Palais Royal en passant par la Plazza Mayor, nous avons parcouru la Madrid médiévale puis celle des Habsbourg, appréhendant au fil des différentes architectures, le passé et le présent de cette très belle ville reine d’une communauté autonome enchâssée entre deux Castilles (olé !).

Et le grand jour est enfin arrivé !

C’est dans le journal !

Fort tôt (encore !) levée, la petite troupe rejoignit la place où Planéta Ciensias avait déjà commencé les préparatifs : estrade, micros, bonne musique, télescopes, Coronado, écrans de projection et bien entendu, différents ateliers à destination du public parmi lesquels quelques cages à oiseaux, hamsters et compagnie, installées devant des caméras qui filmeraient la réaction des animaux lors de la baisse de luminosité.

Le temps d’installer son matériel, confectionner ses filtres, réviser ses temps de poses et donner un biberon à Célestine, la fine équipe du CALA était fin prête à profiter pleinement du spectacle. A 9h40 exactement, une minuscule ombre noire entama le disque uniforme d’un soleil sans tache. Quelqu’un a crié « CONTACT » (je vous laisse deviner qui) : c’était parti ! Et elle revint vite, cette excitation qui noue la gorge, qui fait pétiller les yeux, trembler les mains et parfois rater sa pose ! J’avais presque oublié dans quel état ça vous met une éclipse de soleil (moi en tout cas ), et à quel point c’est bon de retrouver cette ambiance ! Au fur et à mesure que la lune tirait son manteau noir, le public parlait plus fort ! Des ribambelles de scolaires attendaient leur tour à l’oculaire ou s’étonnaient d’observer au sol une kyrielle de croissants de soleil à travers des cartons perforés. Les ouvriers d’un chantier tout proche enjambèrent les barrières et nous empruntèrent quelques paires de lunettes. Des ados chevelus habillés de blousons cloutés vinrent discuter distance focale et ouverture de tube. Des habitants du quartier revinrent plusieurs fois suivre l’évolution de l’éclipse, jusqu’à l’heure précise où dans la pénombre la plus totale, la température déjà bien fraîche chuta encore de 3.5 degrés. A 10h56, un anneau de feu embrasait le ciel madrilène, sous les yeux recouverts d’un public déchaîné ! Et si 97,4 % seulement de soleil occulté ne permettaient en aucun cas d’enlever filtres et lunettes, les 4 minutes et 7 secondes qu’a duré la phase d’annularité compensaient largement le manque à gagner : on a eu tout le temps d’en profiter !

Chaplet de l’éclipse
Quelques clichés à la Japonaise, avec un ETX et un petit Canon Powershot A95

A 11h00, l’extrême bord sud du soleil crépitait des mille petits éclats que provoque le relief lunaire à travers la lumière, un peu comme les crénelures d’un château castillan en ombre chinoise devant un coucher de soleil : troisième contact, c’est déjà presque la fin du spectacle ... A l’image d’un océan se retirant peu à peu d’une plage après la marée, la lune abandonnait chaque minute un peu plus de terrain à la lumière du jour.

A 12h23, Sélène avait repris sa trajectoire solitaire, laissant à certains observateurs l’impression d’avoir rêvé, et à d’autres le soin de décapsuler quelques canettes de bonne bière à partager avec les organisateurs !

Petite expérience astrozoologique {JPEG}Qué bonito es ! {JPEG}
A vos marques ... {JPEG}La nuit tombe vite dans ces contrées ! {JPEG}
Brochette de stars ! {JPEG}L 'équipe presque au complet (Michel dort déjà !) {JPEG}

Clara Peregrin et Yvan Testard nous convièrent à partager un copieux pique-nique qui fut l’occasion de faire plus ample connaissance et d’échanger nos impressions et expériences respectives. En Français ou en Espagnol, Planéta Ciensias nous a raconté l’histoire de sa récente naissance. Pendant ibérique de notre Planète Sciences France, l’association est née en Juin dernier dans la perspective d’organiser l’observation publique de l’éclipse. La manifestation était donc une première, et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elle fut une totale (et non annulaire cette fois !) réussite. On ne peut que leur souhaiter longue vie et les remercier d’une pareille hospitalité. Puis après la traditionnelle photo de famille, tels la lune et le soleil quelques heures plus tôt, chacun reprit sa route vers de nouvelles et enrichissantes aventures.

Un dernier café à Madrid, une dernière soirée sangria-tapas (olé !) et le petit groupe du CALA se sépara le lendemain matin : Michel, Chloé et Franck rentrèrent en France après quelques tribulations dignes d’un film de Claude Zidi. Régis (qui au passage a perdu son titre de Gran Cientifico mais c’est normal, aujourd’hui il est marié !) et Angélique continuèrent leur périple dans les Asturies tandis que Pierre, Matthieu et moi-même descendions plus au sud.

De Tolède la médiévale aux moulins manchegos du pays de Don Quichotte, du centre de suivi des navettes spatiales de Robledo à la romaine Ségovie, nos pérégrinations culturelles (tiens, ça faisait longtemps qu’on n’avait pas passé nos vacances à marcher 20 km par jour avec un sac sur le dos !), nous menèrent jusqu’à la flamboyante et Renaissance Salamanque.
Partout des monuments splendides, des cathédrales immenses, des œuvres d’art et des bibliothèques séculaires. Partout des sourires, des gens avenants et prévenants.

Tolède,dans un méandre du Tage {JPEG}Au pays de Miguel Cervantès {JPEG}
La station de transmissions spatiales de Robledo {JPEG}L 'aqueduc romain de Ségovie {JPEG}
Mais si ! Un astronaute ... {JPEG}Prosit,heu pardon :salud ! {JPEG}

Pour moi qui ai eu la chance de passer en Espagne une petite partie de mon enfance, j’ai redécouvert avec beaucoup de plaisir ce pays et ses habitants. Et je crois que si chacun d’entre nous devait résumer notre périple en trois mots, ce serait « culture », « bonne humeur » et « cuisine à l’huile ! » Et oui de l’huile, en abondance même dans la paëlla royale qu’on a tout de même fini par savourer le dernier soir avant de rentrer (Olé !).

Quant à la prochaine éclipse le 29 Mars 2006, elle sera totale, elle durera 4 mn et 5 secondes, et un ami touareg m’a dit qu’on pourra la voir depuis chez lui, quelque part parmi les dunes du désert du Ténéré au Niger ...

Mais ça, c’est une autre histoire ...

Sophie


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