Club d’Astronomie de Lyon Ampère

Contrat Première Eclipse à El Salum

lundi 8 mai 2006 par Florence Garde

En ces temps d’agitation sociale, j’avais signé un CPE de 4 minutes à effectuer en Egypte à El Sallum tout prés de la frontière Libyenne. Entendez, un Contrat Première Eclipse, aussi prés que possible de la bande de centralité pour que sa durée soit la plus longue possible.
Olivier et moi nous nous envolons donc pour le Caire avec le groupe de L’AFA.

Des pyramides...

Je vais ainsi en prime avoir mon baptême de l’Egypte puisque je n’y avais jamais mis les pieds. Ce que je connais le mieux de l’Egypte c’est le pur-sang Arabe Egyptien, pas les pyramides.

Nous arrivons au Caire à 2h15 du matin, et nous avons donc la chance de traverser la ville entière pour nous rendre à Guizeh aux petites heures du matin sans trafic ni klaxons, un grand privilège dans cette mégapole de 18 millions d’habitants. Un peu abrutis par notre nuit de voyage nous prenons un café dans un bistrot de Guizeh et lorsque le soleil se lève nous découvrons les pyramides derrières des arbres. Ca réveille ! Alors nous voilà parti pour les voir de face, et là première surprise pour ceux qui n’ont jamais vu le site de Guizeh, je vous livre un secret : Le Sphinx est tout petit ! Enfin il est au pied de Kephren qui aujourd’hui est la plus haute suite au rabiotage de Kheops, et ce pauvre Sphinx parait vraiment écrasé par la splendeur de Kephren. On a tous vu le Sphinx au moins en photo, voilà encore une preuve qu’il ne faut pas croire ce qu’on voit en photo ! Evidement en contre plongée il parait plus grand mais vu de face il ressemble à un York Shire plutôt qu’à un lion.

... et des pyramides

Nous résistons quelques jours à la pollution du Caire où l’air est à peine respirable et le ciel jamais limpide mais toujours couvert d’une brume marron. On en profite pour parcourir les souks, la citadelle et pour s’éloigner un peu pour visiter d’autres sites de pyramides plus anciennes que celles de Guizeh : La nécropole de Saqqarah avec sa pyramide à degrés, la nécropole de Dachour avec sa pyramide rhomboïdale et la pyramide de Senefrou (dite « pyramide rouge ») dans la quelle on s’aventure pour une descente infernale. Senefrou était le prédécesseur de Kheops, c’est lui le premier à avoir réussi une pyramide régulière, il a lancé la mode. Nous partons ensuite pour Alexandrie avec notre groupe, Ahmed notre policier en civil et...notre escorte militaire. Depuis les attentats le gouvernement Egyptien tient à rassurer le touriste, alors on doit s’habituer à ces accompagnateurs un peu spéciaux mais par ailleurs très gentils qui servent aussi d’interprètes, à commander les cafés dans les villages où personne ne parle anglais, de négociateurs pour les achats dans les rues. Bref de vrai gentils accompagnateurs si on fait abstraction des revolvers chargés et du bazooka à l’arrière du pickup ! Puis nous partons pour le désert et l’oasis de Sihouah à une altitude négative. Dans notre groupe, je suis une des rares à en être à mon CPE, alors on me demande : « Tu n’es pas stressée au sujet de la météo ? » Pensez donc ! Je suis partie pour voir une éclipse, il est évident que je vais voir une éclipse, ça ne fait pas le moindre doute. D’ailleurs pourquoi s’inquiéter de la météo dans le désert Egyptien au mois de mars. D’autant plus que dans cette partie du désert il n’a pas plut depuis 15 ans. Allons, pourquoi se stresser ?

Nous nous préparons à une nuit d’observation en plein désert, sans pollution et ...à peine les télescopes sortis des nuages arrivent... oh ! pas grand-chose, un simple voile qui va nous pourrir notre soirée. Mais pas de quoi se stresser, des le lendemain matin le soleil resplendit de nouveau. Toujours à Sihouah, on fait un petit tour au temple de l’oracle. Vous savez, celui qui a dit à Alexandre qu’il était bien le fils de Zeus et qu’il pouvait donc prétendre au trône d’Egypte...bon à l’époque le temple était à 8 jours de marche de Marsa Matrou alors on ne peut pas comprendre, nous on est venu en 3 heures de piste en goudron, alors Alexandre on ne peut pas lui reprocher d’avoir eu une petite insolation.

J-2

La pluie dans le désert !

On repart donc vers le Nord, Marsa Matrou au bord de la mer, en passant on traverse des lacs salés très impressionnants, puis on rejoint la piste en goudron. On s’arrête pour ramasser quelques fossiles à flan de falaise, puis un repli stratégique rapide s’impose pour retourner en vitesse vers le car à l’abri du vent de sable très violent. Avec du sable dans la bouche, les yeux, les oreilles, nous voilà reparti sur la piste en goudron. Et là...les éclairs fendent le ciel et l’orage arrive ! Les 15 ans de sécheresse sont comblés en ½ heures. On s’arrête dans un bistrot au toit qui fuit, les photographes d’éclairs s’en donnent à cœur joie...et je dois avouer que je ne suis plus si sure de voir l’éclipse. Le désert se transforme en grande flaque, on atteint Marsa Matrou sous la pluie, demain c’est le départ pour le camp de Sallum.

J-1

Olivier en action

C’est parti, on longe la mer en direction de la Libye, après un arrêt sur la plage d’Aguiba pour admirer la couleur turquoise de l’eau, on traverse la riante petite ville de Sallum. Les autochtones n’ont jamais vu autant de touristes, peut être même autant de gens tout court puisque c’est le dernier village avant la frontière Libyenne qui est hermétiquement fermée et gardée par des militaire armés jusqu’aux dents. Après une petite erreur qui nous conduit au poste frontière on rebrousse chemin et on trouve enfin la partie du camp où nous allons séjourner. Les tentes ne sont pas encore toutes installées car il y a encore beaucoup de boue suite à l’orage d’hier qui est aussi passé par ici. Le camp est immense, fortement militarisé comme il se doit en Egypte, les photographes peuvent mettre correctement en station leurs instruments le soir et tout laisser sur place, il y a à peut prés 1 militaire pour 1 télescope, sans compter les flics en civils, y compris notre Ahmed surnommé depuis Mr No Problem pour sa facilité à employer ce terme à chacune de nos demandes. Il y a cependant LA question à la quelle la réponse est NO : Ahmed s’il fait pas beau on va en Libye ? Le gouvernement Egyptien n’a pas lésiné sur les moyens pour accueillir les milliers de touristes qui vont venir observer l’éclipse. Le camp est immense, et vu sa situation à la frontière, le long de la zone minée je me demande à quel moment l’ONU va venir nous lancer des sacs de riz. Les tentes finissent d’être installées, les courants d’air bouchés, il fait froid et il y a du vent mais le ciel est dégagé et nous pouvons admirer le couché de soleil avec gardes militaires et télescopes en premier plan.

Jour J

Finalement malgré mon air nonchalant, j’ai mon petit coup de stress. Au lever du jour le camp est baigné à 180°C par une brume plutôt épaisse. L’ambiance est plutôt morose au petit déjeuner. Les photographes s’agitent quand même pour finir les préparatifs et je capuchonne mes jumelles d’un filtre. Et puis, on attend. Il fait toujours froid, puis la brume se dégage et laisse place à un ciel resplendissant. Cette fois c’est sur on ne va pas LA rater.
Je commence à me réveiller, et l’excitation fait place à la morosité. J’écoute attentivement les conseils pour ma première éclipse : Pense à enlever les filtres de tes jumelles à l’avance parce que tu risques de rester plantée bouche bée pendant la totalité et de ne même pas penser à jeter un coup d’œil dans tes jumelles. Ah bon , c’est si terrible que ça ?

1er contact

Passoire à éclipses...

Ouaip bon bof pour le moment c’est partiel y’a vraiment pas de quoi s’extasier, et puis les phases partielles sont longues, longues, on attend. On regarde 3 taches en H-alpha. Je tourne et vire dans le camp, revient sur ma chaise, jette un coup d’œil (protégé) de temps en temps, mais c’est long ! Des hélicoptères viennent déposer M. et Mme Moubarak à 200 mètres de notre installation. Ceci explique peut-être la quantité impressionnante de militaires même pour l’Egypte où on est pourtant familiarisé à leur présence.

H-30 min

Bon je vais décapuchonner mes jumelles, ça sera toujours ça de fait et je continue à attendre avec mes jumelles coincées sous le bras de peur que quelqu’un les prenne par inadvertance. On attend, c’est long...

Florence aux jumelles

H-quelques minutes

Abiance totale

Je dois remettre mon blouson, ça caille, on vient de perdre 10 degrés ! (29°C au 1er contact, 19°C juste avant la totalité) Ah ! tiens on voit Venus. L’ambiance devient vraiment étrange, la lumière baisse, le crépuscule s’installe à 180° autour du site, je jette un dernier coup d’œil pour vérifier que les 2 cercles sont bien concentriques, pas de soucis ils le sont. Il ne reste plus qu’un très fin croissant de soleil dont j’abandonne la surveillance pour guetter l’arrivé de l’ombre. Ca tombe bien au loin à la frontière dans l’axe d’arrivée de l’ombre il y a un bâtiment avec un toit blanc, idéal pour guetter l’ombre, je ne le quitte plus des yeux. Ahmed No Problem se met à prier avec un autre flic, tiens ils ont des réactions bizarres je ne les pensais pas si pieux nos gardiens, ils ont pourtant été prévenu de l’évènement !

Heure H

Le diamant

Je fixe mon toit, et brusquement l’ombre arrive sur mon toit, je lève immédiatement les yeux et Waouh 1er surprise, pourquoi on ne m’avait pas dit que le diamant se voyait si bien sans faire mal aux yeux ? Grâce à ma surveillance de la frontière, je viens de prendre le diamant en plein face, c’est génial, beaucoup mieux qu’en photo ! Ca dure moins d’une seconde puis la couronne apparaît, et là c’est la révélation. Aucune photo ne m’avait jamais préparée à un spectacle aussi beau. La couronne solaire n’a rien à voir avec les gros pâtés blancs autour d’un disque noir que les photographes nous servent. C’est la deuxième et plus grosse surprise ! En cette période de faible activité du soleil, la couronne suit simplement les champs magnétiques en fins filaments. Le soleil a donc de grandes moustaches au niveau de l’équateur et de fins cheveux façon dessins de gosses de 5 ans aux pôles nord et sud. Incroyable, indescriptible et...rien à voir avec les photos, c’est infiniment plus beau ! Chacun réagit à sa façon durant la phase totale, personnellement je suis scotchée, bouche bée, on dirait une ablation des cordes vocales doublé d’une paralysie totale. Ah si quand même, il me semble qu’on voit 2 protus bien rouges...mais c’est bizarre on m’a jamais dit qu’on voyait les protus à l’œil nu, alors je retrouve ma voix pour demander : « Mais c’est les protus qu’on voit en rouge ??? », sur fond de bruit de déclencheur Olivier me répond « Ben évidement que c’est les protu, qu’est ce que tu veux que ce soit ?! »

La couronne

Ben moi je veux rien, je suis simplement étonnée et émerveillée, si j’avais pensé voir des protu comme ça avec mes yeux ! Encore une surprise ! Une compagne de voyage qui n’en est pas à son CPE me fait gentiment penser que je peux décoincer les jumelles de sous mon bras pour m’en servir. Ah oui tiens ça c’est une idée, j’avais complètement oublié que j’avais des jumelles sous le bras. Bon conseil, aux jumelles le spectacle est magnifique. L’arrivée de Mercure avait été annoncée et j’arrive à quitter le soleil des yeux pour regarder Mercure, qui a eu le bon goût de s’aligner sur l’axe Soleil-Venus. Et la encore une surprise, en les voyant tous les 3 comme ça, je réalise combien Mercure est prés du soleil. On ne s’en rend pas compte lorsqu’on l’observe au coucher du soleil. Mais bon ça ne me distrait pas longtemps et je me fixe à nouveau en silence sur le soleil avec mes yeux. C’est trop beau, je ne peux pas m’en détacher. Puis subitement, le diamant, l’éblouissement, il faut baisser les yeux c’est finit. Là je retrouve ma voix pour proférer une exclamation grossière et j’ai un immense sentiment de déception. Quoi c’est déjà finit ? Mais ça n’a pas duré 4 minutes ! On m’a grugée, c’est de l’arnaque, rendez moi mon éclipse ! Faite revenir la lune en arrière ! Rien à faire, ça a bien duré 4 minutes, les 4 plus petites minutes de ma vie, et nous revoilà parti pour les phases partielles. Je regarde un peu le croissant de soleil qui grossit et je trouve ça nul. Il est temps d’aller manger.

Chapelet de l’éclipse

Ahmed rejoint le groupe d’affamés les larmes aux yeux, on déjeune, puis on attend les photographes qui shootent jusqu’au 4eme contact. Mais franchement du 3eme au 4eme contact c’est nul.

De retour, je n’ai aucune clémence pour la qualité des photos. Malgré tous les traitements possibles, elles ne ressemblent absolument pas à ce que j’ai vu. Olivier redouble d’efforts et à chaque traitement le verdict tombe : Je n’ai pas vu ça.

Une seule solution s’impose : Signer pour 2 minutes en Mongolie le 1er août 2008.

Photos : Oliver Garde.


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